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Peut-il y avoir du sport sans compétition ?

Peut-il y avoir du sport sans compétition ?


En fait, la question posée est très située historiquement, elle agitait le microcosme politico intellectuel des années 60, dont la thèse essentielle était de dénnoncer la perversion du sport par la compétition,.
Mais, aujourd'hui, est-il raisonnable de réduire le phénomène sportif à la compétition ? Que doit-on penser, par exemple, des motifs d'agir, de toutes celles et tous ceux qui courent au bord des routes, ou qui font du vélo sans autre souci apparent que se dépenser physiquement et qui rejettent, lorsqu'on les interroge, toute idée de compétition ?

Pour présenter notre thème d'aujourd'hui, je vais suivre un fil historique en essayant de montrer comment une telle question s'enracine dans la société française, société dans laquelle le sport ne laisse pas indifférent, essentiellement au travers des passions qu'il déchaîne ...


Naissance du sport
Il faut d'abord rappeler que le phénomène sportif regroupe des pratiques résolument modernes au sens où elles apparaissent avec la société industrielle anglaise du XVIIIe et XIXe siècle. Cela n'a rien avoir avec les pratiques grecques qui avaient une vocation essentiellement religieuse. (Cérémonial religieux à rationalité théologique au cours duquel les athlètes étaient oints d'huile puis frottés de poussière, ils étaient des morts symboliques subissant une épreuve d'initiation, comportant risque et souffrance et aboutissant à une renaissance)
Le sport naît dans cette société anglaise ayant de la violence explicite (la société anglaise ne s'est jamais remise de l'épisode Cromwell), assez festive (jeux populaires repris par la gentry agrarienne et la bourgeoisie), qui parie sur tout (on pariait sur le premier bateau qui arriverait à New-York, sur un combat de chien....). On assiste peu à peu à la naissance de pratiques où la violence est euphémisée, copiées sur les joutes animales (les premiers athlètes couraient avec casaques et casquettes comme les jockeys) où l'affrontement se fait selon des règles précises (fair-play ...), où l'important est d'être le premier.
Ces pratiques gagnent bien sûr la France (Napoléon III), où l'anglomanie est importante fin XIXe début XXe et, pour faire vite, diffusera progressivement dans le monde entier.
Il est important de noter une constante de la société française, ne croyez pas que l'on s'éloigne de notre thème, l'anglomanie est aussi forte que l'anglophobie, le rejet du sport sera aussi fort que l'engouement qu'il pourra susciter.
Rappelons aussi que, dans la société française, puisque le sport implique le corps, il est une pratique très suspecte d'un point de vue religieux où, pour faire vite, le corps est le plus souvent le paradigme de la tentation.
Notons enfin, que les pédagogues français rejettent le sport au profit d'une pratique eugénique, médicale. Cette dernière étant peut-être en fait la seule pratique corporelle acceptable pour une élite intellectuelle qui ne conçoit la culture qu'au travers de la "noblesse" de la réflexion intellectuelle !

Donc en France il ne fait pas bon être sportif !


Sport et compétition
Revenons maintenant à ce que je disais en introduction, la datation au carbone 14 de la question posée : dans les années 60 le sport, héritier direct des pratiques anglaises, n'existe pas sans la compétition.
En Allemagne, en France naissent des critiques acerbes, qui s'appuient, sur les pensées de Marx, Freud. En fait ce courant critique s'appuie sur les travaux de l'école philosophique freudo-marxiste de Francfort, on peut citer par exemple Adorno, Habermas, Marcuse ...
Le sport est analysé comme le symbole de la société de production (Cituis, altuis, fortuis, plus vite, plus haut plus fort, Coubertin) dont l'unique objet est la production de performance et qui pour cela nie l'individu, en l'occurrence le sportif.
On dit que le sport est un dépassement de soi (sublimation) répressif qui n'aboutit qu'à aliéner l'individu c'est à dire à l'enchaîner malgré lui, ce qui le conduit à accepter une société liberticide pour l'individu au sens où il perd son existence propre pour n'être plus qu'un objet de production (réification). Un parallèle est fait entre le travail à la chaîne et l'entraînement sportif.
C'est à la suite de cela que l'on voit apparaître des pratiques corporelles alternatives prônant la confrontation plutôt que la compétition. Elles n'auront que peu de succès, mais l'idée fera son chemin.


Pratiques sportives
En France, et ailleurs, à partir des années 80 le phénomène sportif prend de l'ampleur, tant dans sa dimension compétitive (le professionnalisme, la médiatisation), que dans sa diffusion en tant que pratiques corporelles touchant de plus en plus de monde (on court sur les routes, on skie, on va dans les salles de sport, ce qui était impensable dans les années 50)
C'est en analysant cette explosion-implosion sportive que le sociologue écrit le mot sport avec un "S" car pour lui il n'y a pas un sport, mais des sports et plus encore pour un sport il y a plusieurs modalités sportives. Ainsi que nomme-t-on la natation ? La compétition en piscine, en mer, la nage en rivière, en lac, la descente de torrent avec palmes et tuba etc. On pourrait continuer et mettre à jour de multiples formes de natation, chacun d'entre-nous trouvant celle qui le satisfait et celle qu'il rejettera comme objet indigne de sa pratique. Mais arrêtons-nous car ce n'est pas l'objet de notre thème.
On notera aussi, que cette massification de la pratique sportive s'accompagne d'une volonté de bon nombre, de pratiquer hors de tout contexte organisé, (pratique "sauvage")
Revenons à notre réflexion sur l'existence ou non d'un sport sans compétition. Reprenons l'exemple de la course sur route. Les pionniers de cette discipline voulaient d'abord courir hors de tout contexte organisé, puis ils se sont progressivement organisés. Ne voit-on pas aujourd'hui des 10km fleurir un peu partout accompagnant par exemple les débordements festifs de multiples communes basques et landaises.
Les participants invoquent des raisons très diverses, gagner, contre les autres, contre soi, s'entretenir, arriver au bout, courir en famille, etc.... on trouvera coude à coude les tenants d'un sport de compétition, mais aussi ceux qui prétendent s'y opposer, c'est très cocasse de trouver des "ennemis" sur un même terrain pour agir ensemble !
Les motifs d'agir sont très différents, mais gare à celle ou à celui qui ne les prendrait pas en compte et analyserait ces 10Km uniquement en se fiant à la description de l'épreuve et n'y verrait qu'une course où l'important est d'être la ou le plus fort, de gagner, de vaincre les autres. Le "non sens" serait proche !

Alors que doit-on penser, existe-t-il un sport sans compétition ?





André 

 

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