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La Philosophie est-ce l’art d’aller vers le simple, en se compliquant les choses ?

 
 
Le simple, l’un, l’unité, c’est la recherche de ce qui est premier ; c’est la recherche de l’origine du monde et des êtres, la question de la poule ou de l’œuf, le big-bang, la question : « pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? »
 
Cette recherche des origines pour Platon, c’est celle du surgissement de l’ordre après le chaos : pour Platon, le monde n’a pas été créé ex-nihilo sur du rien, mais tout existait déjà, sauf que c’était dans un désordre incroyable. Ce qui est pour lui l’origine du monde, c’est la mise en place de cet ordre là (par le grand Architecte), ce qui signifie mise en espace et temporalité.
 
Pour Plotin, la recherche des origines consiste à remonter de la multiplicité qui peuple le monde à ce qui l’a engendré, pour trouver in fine, le premier « qui a commencé » et qui est un. On a une recherche pyramidale, qui part de la base vers le sommet, ce sommet qui est à l’origine de tout et que Plotin nomme l’Un, comme un point d’où tout découle.
 
A cette recherche de l’Un, qui est recherche du premier (et qui va hanter tous nos philosophes et nos penseurs), va se dupliquer son symbole qui est la recherche de l’unité. A travers la multiplicité des choses, des êtres et des comportements, c’est la recherche du semblable, de ce qui rassemble, qui va faire le lit des philosophies, des religions et des courants de pensées les plus divers (religion, de relier, lier ensemble ce qui est épars…).
 
Donc, de l’Un plotinien au credo « in unum Deum » de la croyance chrétienne en passant par le symbole du troupeau et de la brebis égarée, sans oublier ce qu’on appelle dans la mystique juive « la Brisure des Vases », les hommes n’ont eu de cesse de chercher cette unité, cette totalité, cette semblance, ces retrouvailles sacrées avec ou sans Dieu. (Ce que nous enseigne la mystique juive : auparavant, tout était contenu dans le Grand Contenant et le monde est le résultat de cette « brisure » d’où cette errance perpétuelle où nous sommes, la volonté messianique étant de rassembler les « morceaux » pour retrouver cet état antérieur qui est unité, totalité du monde.)
 
Alors, si la philosophie se pose la question de l’un, du simple, de ce qui peut se tenir (dans une main), de ce qui se tient debout… (ça fuit de partout : référence à l’Un plotinien qui déborda de lui-même par pure bonté… la création comme un débordement), si elle se pose la question du solide du permanent ( et c’est la question première : qu’est ce qui dure dans ce monde où tout meurt ?) alors pourquoi nous semble-t-elle « l’art de se compliquer la vie », l’art de couper les cheveux en quatre ?
 
Ceci parce que pour trouver le simple, le stable, le permanent dans toute cette multiplicité fuyante changeante et mourante qu’est le monde, il faut pour cela trier éliminer, jeter, décortiquer, gratter (cf Platon : pour trouver l’âme dans son éclat, il faut gratter les couches de boue qui la recouvre, métaphore qui nous propose d’aller au-delà du superficiel pour rejoindre la « substantifique moelle », image récurrente dans les littératures et les religions qui nous proposent de nous tourner vers le centre, vers le caché, vers le fond des fonds. En résumé, ce simple que l’on peut chercher dans l’avant (l’origine, l’original) ou dans l’après (volonté messianique de rassemblement), on peut le trouver dans l’ici et maintenant en allant au fond des choses, au cœur de soi-même.
 
Qu’est ce que cela veut dire : cela signifie gratter les apparences, se défaire des habitudes, remettre en question des modes de penser qui nous sont chers. Philosopher c’est ça, c’est poser la question là où l’on s’y attend le moins, ébranler, mettre en péril une attitude qui nous semble vraie parce que c’est celle que nous pratiquons depuis toujours. C’est mettre en morceaux ce qui semble se tenir debout pour en vérifier la solidité, et reconstruire ensuite sur une autre base peut-être. Couper les cheveux en quatre, c’est cela, c’est partir du simple pour retourner vers le simple mais en ayant été voir de quoi c’est fait, fouillasser dans les entrailles, dans la merde pour trouver le diamant caché.
 
La pensée critique, c’est cela, la mise en doute de ce qui nous semble aller de soi (les idées reçues, les modes, les traditions, la rumeur publique, le bon sens…)
 
J’ai eu un professeur de philosophie qui commençait par ça justement les idées reçues, les clichés, le bon sens commun, les pensées de hasard dans les rues, au comptoir des cafés. Ils appelait cela aller dans l’arrière cuisine de la philosophie pour éplucher, décortiquer… c’est d’ailleurs ce que nous faisons ici dans notre « arrière comptoir » de café quand nous lançons le débat en jetant des mots sur la table, ceux qui nous viennent, sans trop réfléchir. Ensuite quand les ingrédients sont là, pour reprendre les métaphores culinaires, il nous faut travailler la pâte, éliminer le surplus (égoutter), chauffer (alchimie, transformation) voir au final goutter, cracher même pour trouver sous la pulpe le dur, l’origine, le noyau ! et retour au simple !
 
Pour conclure, se rappeler que l’étymologie d’université, c’est l’unité du divers, une volonté de totalisation des savoirs aujourd’hui rendue difficile par la progression de la science et l’inévitable processus de spécialisation. Or justement, au vu des spécialisations qui prolifèrent, nous ressentons aujourd’hui le besoin de réunir les savoirs autour d’une pensée critique, de « penser au-dessus » pour éviter la noyade.
 
Problématiques possibles :
 
-         Peut-on apprendre à penser ?
-         A quoi ça sert ?
-         Penser le monde : quelle utilité pour sa vie personnelle ?
-         Quelle est cette quête du permanent aujourd’hui ?
-         Penser la mort, apprendre à mourir, … quel sens donner ?
-         Relativiser, pourquoi… où se loge l’important, l’essentiel ?
 
 
 
Gisèle
 
 
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A
20. le mot juste <br /> <br /> Madame Marcel qui parle de confusion, Albin d’un naturel pas tellement sourcilleux, d’ordinaire, sauf sur un point, celui des mots, qui ne sort plus beaucoup, c’est vrai, les causes en sont porosité, perméabilité. Supposons un instant, par commodité, la pertinence des notions d’extérieur et d’intérieur. De l’extérieur les sollicitations ne manquent pas, le vent, la pluie, un arbre, un chien, la lumière, un mur, un escargot, une ombre, un sourire, une chenille, un brin de ci, un doigt de ça, il en faut peu, même de loin, pour harceler Albin. De l’intérieur remonte un univers venu du fond des temps qui dégorge, un flot de souvenirs d’un autre âge qui submerge Albin et le noie, Albin fut tout cela,un jour, l'est toujours et se laisse engloutir, Albin s’oublie. <br /> Là, le langage trahit. Albin ne se laisse pas engloutir ni peau de zébi puisqu’il n’est plus Albin. Le flot non plus n’est plus le flot mais voilà, comment dire, et qui le dira. Un improbable lieu où l’extérieur et l’intérieur se télescopent, désintègrent un Albin bombardé jusqu’à la moelle, jusqu'à la fission, la fusion, mais avec qui, avec quoi, un accélérateur de ses propres particules, un synchrotron, un rêve, une illusion, un jobard, un couillon, quoi d’autre... Non, ça ne rend pas.<br /> Croit-il voir une pierre, un hérisson, aussitôt il est pierre, hérisson. Un courant d’air et c’est du vent. Symbiose, osmose, empathie ? Encore faut-il être deux, faut-il être un et il n’est pas. Albin ne s’identifie pas, il est le vent, la pluie, un arbre, un chien, un escargot. Albin à la fois est et il n’est pas. Quand Schrödinger l'appelle, il accourt, il ronronne, Albin est avant tout un paradoxe. <br /> Madame Marcel qui parle de confusion, quel mot conviendrait mieux. Retrouvailles ? Il y a de ça. D’un autre côté Albin n’est plus Albin et donc plus rien n’est quoi que ce soit. De fait il ne reste plus grand chose. Plus grand chose mais pas rien. Pas tout à fait. Disons, pour être précis, qu’il n’y a rien de distinct. Alors, quoi ? Finalement, ce quoi, confusion le rend bien.<br /> Albin,<br /> http://albertbin.blogspot.com/
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